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Alain GUESDON / 2009
 
Le fragment 19 des Pensées de Pascal nous dit:
" Si on n'y songe pas assez... si on y songe trop, on s'entête et on s'en coiffe"
 
Cela m'inspire la réflexion suivante: l'équilibre, l'harmonie, la vérité se situerait entre le "vouloir " et le non vouloir ", la tension ou l'attention et le lâcher prise ".
Trop ou pas assez seraient également néfastes.
La démesure en toute chose ne pourrait générer que des catastrophes.
La folie des grandeurs ou l'excès de modestie seraient deux facettes d'une même maladie etc...
 
Etre à la bonne mesure c'est : être humain, rien qu'humain, très humain avec tout ce que cela implique d'intelligence et de sensibilité.
 
Catherine MARY, me semble-t-il trouve le bon équilibre dans ce qu'elle appelle sa " rêverie poétique " où elle accède à un état de conscience très particulier, à la fois:
à ce qu'elle sait,
à ce qu'elle ne sait pas qu'elle sait,
à ce qu'elle sait qu'elle ne sait pas .
 
C'est alors qu'il apparaît, sa peinture nous le montre, que ce qui fait lien a beaucoup à voir avec la finesse, la sensibilité. Ajoutez la bonté, la générosité ( la "philia"), c'est alors aussi qu'elle s'approche d'une source intarissable d'inventions possibles pour aller de découvertes en découvertes, de plaisir en plaisir.
 
Et c'est le cadeau qu'elle nous fait

 

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Frédérique THOMAS / EnvieS d'artS n°7/ 2008
 
Un art de plaisir
 
Si Catherine Mary est peintre, elle l'est avant tout en rêverie, comme d'autres le sont en réalité, en abstraction ou en bâtiment. Rêverie au sens de Bachelard : celle d'un "univers en émanation, souffle odorant qui sort des choses par l'intermédiaire d'un rêveur". Point de plan, point d'idée directrice, point de but, mais un accueil souple du surgissement, un simple accompagnement poétique des choses en train de naître.
 
Catherine n'est pas en lutte avec la toile. Elle mène avec elle une conversation tranquille où les surprises s'échappent dans l'infinité des possibles. Partant d'un rien de la réalité, voire du hasard d'une tache, ou d'un élément de préférence très ordinaire -"ce qui est trop beau est un frein"- elle se laisse dériver, dé-rêver, attend les répons d'une liturgie intime et mystérieuse dont elle préfère préserver le sens caché. "Peindre c'est résoudre un problème qu'on ignore", c'est comme le dirait aussi Garouste "trouver la solution d'une énigme sans en éventer le mystère".
 
Partant, sortant de l'architecture, dont l'expérience a déposé ses schémas ordonnés, l'artiste cherche à se démarquer, à se défaire des règles et des structures régissant son autre métier. C'est à la liberté elle-même qu'elle tend ses lignes de pêche en forme de pinceaux, c'est dans une bouffée d'air qu'elle en joue. La structure est un élément acquis, elle est là, intériorisée, évidente. (...). Ainsi s'ouvre la possibilité de lignes souples, dégagées, aériennes, autant que d'assemblages incongrus, de masses contradictoires.
 
Sur le plan thématique également le dépassement est de rigueur. Il s'agit de se laisser déposséder de la maîtrise d'oeuvre, de l'efficacité et de devoir faire, pour "laisser venir", pour se dé-tendre. Ce qui vient est parfois minuscule, et les liens qui s'ensuivent sont parfois ténus, mais l'apparence d'incongruité qui peut en ressortir n'est que la surface agitée et distordue d'une congruence profonde et mystérieuse dont la vérité s'impose sans se dévoiler. "J'aime être surprise par ce que je fais" dit Catherine, "j'aime la dimension magique que cela comporte". "ce que cela dit n'a pas d'importance, simplement je me raconte des histoires qui donnent de la présence à ce que je fais, qui nourrissent la peinture". (...)
 
Peindre ainsi, c'est peindre dans la grâce, une grâce communicable pour peu que le spectateur accepte lui aussi de suspendre ses questions, de se laisser porter par sa propre rêverie provoquée par l'image, de la même façon que celle-ci est née : par émanation.